And His Orchestra - reviews

Improjazz

À l'inverse de tout bon chuisse qui se respecte, je ne place pas mon fric, je le grille immodérément dans l'achat de disques. Débarrassé de tout stress lié au yoyo boursier, il me reste le capital passion à faire fructifier en espérant en retour de belles émotions.

Dans ce domaine, je peux certifier un bilan plus que positif de la "rentabilité" du placement Daunik Lazro !

Je l'ai connu à une époque où il s'obstinait à pratiquer une musique — disons free, pour lui accoler une vague étiquette — que l'on s'ingéniait à frapper d'ostracisme. Ce qui n'empêchait nullement le saxophoniste de participer à de nombreuses rencontres improvisatives afin d'éviter la sclérose. Toujours sur la brèche, Lazro est un musicien de questionnement perpétuel et un analyste redoutablement lucide sur sa production… et celle des autres !

Reconnaissant envers ses principaux mentors, Ayler et Coleman, il leur a dédié un magnifique tribut avec les Outlaws In Jazz mais tarissant rapidement le filon afin de ne pas se rendre complice d'un free jazz revival douteux. De ses modèles, il retient l'urgence lyrique tout en développant une sonorité qui le rend aisément identifiable à l'alto. Progressivement, il transpose cette marque personnelle sur le baryton, instrument qu'il pratique intensément à l'heure actuelle en vue de la publication d'un album en solo absolu. Dans l'attente de cet événement, on peut déjà fantasmer en écoutant deux titres joués au baryton et contenus dans ce disque.

Le trio sans piano, souvent imposé par des contraintes économiques, me paraît la formule idéale pour instaurer le dialogue attentif entre partenaires et, dans le cas présent, les deus irréductibles francs-tireurs arfiens se hissent au niveau d'exigence de Lazro. Outre les compositions enlevées et mélodiques de chacun de ses membres, le trio joue Saga of The Outlaws de Charles Tyler (dernier lien ténu avec le free jazz historique ?) et une remarquable version du Kitty Malone de Steve Lacy… à se demander pourquoi les musiciens ignorent le répertoire de ce dernier. Avec celui de Monk, le plus solide du jazz.

A H.O., un disque généreux réservé aux épicuriens de la musique.

Gustave Cerutti (Improjazz 46, 06/1998)